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Génération sans tabac ni e-cigarettes aux Pays-Bas

Alors que les Pays-Bas affichaient jusqu’à présent une position plutôt neutre vis-à-vis du vapotage, le gouvernement entend bien durcir sa politique. Au point de faire un amalgame désastreux avec la cigarette, dans le cadre de son projet « génération sans tabac ». Interdiction des e-liquides aromatisés au printemps 2021, taxe sur les flacons, adhésion aux droits d’accise européens… La répression risque d’être lourde.

Génération sans tabac ni e-cigarettes aux Pays-Bas

Paul Blokhuis (photo), le secrétaire d’État au ministère de la Santé, du Bien-être et des Sports hollandais, a présenté devant le Parlement un vaste plan visant à aboutir à une « génération sans tabac » d’ici 2040. De nombreux pays affichent un objectif similaire, à commencer par la France, qui a signé un programme national de lutte contre le tabac en 2018. Agnès Buzyn, alors ministre des Solidarités et de la Santé, faisait même le pari de devenir « la première génération d’adultes sans tabac dès 2032 ».

Encore la fumeuse théorie de l’effet passerelle

Mais si les premières mesures de lutte contre le tabagisme, comme l’augmentation progressive du prix des paquets de cigarettes pour atteindre 10 € en 2023 ou la limitation des points de vente, rejoignent celles d’autres pays, Paul Blokhuis fait un amalgame désastreux avec le vapotage. « Je pense qu’une génération sans tabac devrait aussi être une génération sans e-cigarette », a-t-il déclaré lors de sa présentation.

Parmi les mesures concernant l’e-cigarette, le secrétaire d’État propose une interdiction totale des e-liquides aromatisés, à l’exception des goûts tabac, dès le printemps 2021. Pour justifier une telle mesure, il s’appuie (comme beaucoup d’autres) sur la fumeuse  théorie de l’« effet passerelle ». Les études scientifiques se sont pourtant multipliées ces dernières années qui démontrent le contraire. En janvier dernier, des chercheurs français ont ainsi suivi 39 000 adolescents et ont observé qu’avec l’e-cigarette, les adolescents sont à 38 % moins susceptibles de devenir des fumeurs quotidiens que ceux qui n’ont jamais essayé la vape.

Une volonté de décourager à tout prix le vapotage

Paul Blokhuis, pour sa part, fait référence aux travaux du Trimbos Instituut. Détail qui a son importance, cet institut néerlandais spécialisé dans les addictions et la santé mentale travaille étroitement avec… l’OMS. Dans un rapport d’avril 2020, il indique que 27,5 % des adolescents hollandais de 12 à 16 ans ont essayé l’e-cigarette, et que ce chiffre s’élève à 44 % entre 16 et 18 ans. Même si ce document indique clairement qu’« il est difficile de déterminer objectivement si c’est à cause de la cigarette électronique que les jeunes sont passés au tabagisme ou si c’est le résultat d’autres facteurs sous-jacents », l’institut signale aux pouvoirs publics qu’« ils ont tout intérêt à décourager l’utilisation des e-cigarettes et à en limiter l’usage au groupe de fumeurs qui ne parviennent pas vraiment à arrêter en utilisant des aides dont l’efficacité a été prouvée »

Si on lit les avertissements sur le site officiel, on apprend toutefois que « l’Institut Trimbos n’est pas un établissement de soins et ne délivre pas de conseils médicaux. Les employés de l’institut ne sont pas non plus en mesure d’évaluer si un traitement particulier est ou non le bon dans un cas individuel ». De quoi fonder l’orientation d’une politique de santé publique, vraiment ? 

En guise de punition, une taxe sur les e-liquides

Paul Blokhuis cite également les travaux de recherches du Rijksinstituut voor Volksgezondheid en Milieu (l’Institut national de la santé et de l’environnement), un organisme quant à lui officiel. Dans un rapport de novembre 2019, on peut lire que « les e-liquides avec un arôme de fruits, de bonbon, de vanille et de boissons sucrées rendent les produits plus attractifs pour les jeunes ». Une récente étude américaine démontre au contraire que les e-liquides aromatisés offrent jusqu’à 2,3 fois plus de chances d’arrêter la cigarette que les goûts tabac, sans présenter davantage de risques de conduire les jeunes vers le tabagisme.

Autre mesure avancée, les Pays-Bas souhaiteraient imposer une taxe sur les flacons, nicotinés ou non. Paul Blokhuis juge cette mesure « très logique et cohérente », tout en appuyant le projet européen d’« d’inclure les cigarettes électroniques dans [le réexamen de la TPD], dans le but de percevoir des droits d’accise ». Un principe que le Conseil européen a validé le 2 juin dernier, en laissant à la Commission européenne le soin de présenter des propositions législatives. Nul doute, hélas, que le vote hollandais lui sera acquis.