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Interview : la vape selon Jim McDonald

Chaque jour, cet éditorialiste américain rend compte de l’actualité de la vape sur le site Vaping360. Mais il ne se contente pas de produire de l’info, Jim McDonald prend fait et cause pour tous ceux qui croient à cet outil de sevrage tabagique. Et ne manque pas d’égratigner ses détracteurs. Entretien. 

Interview : la vape selon Jim McDonald

 

Bonjour, Jim. Tu es l’auteur de nombreux articles très instructifs sur le site Vaping360. Depuis combien de temps exerces-tu cette activité et comment y es-tu venu ?

Jim McDonald : J’ai commencé à vapoter en 2012 (après trente-huit ans de tabagisme) et, presque immédiatement, je me suis intéressé à tous les sujets, d’ordre juridique ou scientifique, qui se rapportaient à la vape. Un ami de l’E-Cigarette Forum (ECF), Jeremy Mann, m’a approché fin 2015 pour me proposer de rédiger des articles pour Vaping360, site qu’il avait créé quelques mois plus tôt. Coïncidence, l’entreprise pour laquelle je travaillais depuis vingt ans a été déclarée en faillite au même moment. C’est ainsi que j’ai entamé ma collaboration avec Vaping360 au début de l’année 2016.

 

Vaping360 est une société allemande. Comment se fait-il que les articles qui y sont publiés soient essentiellement consacrés au marché américain ?

Effectivement, l’information a été volontairement axée sur le marché américain, même si nous avons des lecteurs qui nous suivent dans le monde entier et des annonceurs issus de différents pays. Je pense que les fondateurs ont estimé qu’il était plus facile de trouver des annonceurs en se concentrant sur le marché le plus vaste.

 

Le juge de la Cour fédérale Paul Grimm a récemment accepté un report de quatre mois du délai imposé aux fabricants de produits de vapotage pour présenter des demandes d’autorisation de mise sur le marché (PMTA) auprès de l’administration américaine. Pour toi, est-ce une bonne nouvelle ou juste un répit ?

Pour moi, tout report est une bonne nouvelle. D’ailleurs, des poursuites sont en cours, qui pourraient interrompre ce processus, et il subsiste l’espoir que la deadline (9 septembre, NDLR) soit encore repoussée.

 

Est-il pertinent de faire le lien entre le report de cette échéance et l’élection présidentielle à venir ? Autrement dit, est-ce une décision politique ?

Il m’est impossible d’imaginer un chef d’État autre que Trump interférant de la sorte avec des réglementations déjà établies pour renforcer son assise politique. Convaincre Trump et son équipe de campagne que le délai fixé pour soumettre les PMTA risque de lui faire perdre des millions de voix va devenir un enjeu majeur pour l’industrie de la vape et les associations de défense des consommateurs. Du moins, je le suppose.

 


Juul a donné aux activistes antivape l’occasion d’attaquer une marque reconnaissable entre toutes


 

Après son succès phénoménal, Juul a rencontré de nombreuses difficultés : audition devant le Congrès en juillet 2019, poursuites judiciaires, démissions de Kevin Burns puis de James Monsees… Que retiens-tu de cette affaire ?

Les attaques lancées contre Juul utilisent les mêmes arguments que ceux avancés par les mouvements antivape depuis l’apparition du vapotage : amalgame avec l’industrie du tabac, vapotage (et « addiction ») des jeunes, dangers des produits aromatisés, absence de l’efficacité du vapotage comme outil de sevrage tabagique, risques médicaux (alors qu’aucune preuve de toxicité n’a été établie)… La différence dans cette affaire, c’est que Juul a donné aux activistes antivape l’occasion d’attaquer une marque reconnaissable entre toutes. Le fait de présenter Juul comme une entreprise indifférente et prédatrice, représentative de l’industrie de la vape, leur a valu beaucoup de succès.

 

La cigarette électronique suscite une certaine hostilité aux États-Unis. Entre autres, comme tu l’as signalé, on l’accuse de rendre les jeunes accros à la nicotine. Selon toi, est-ce que Juul a une part de responsabilité dans cette façon de voir les choses ?

Je ne crois pas à ce prétendu problème d’addiction. Les nombreuses analyses des données de l’enquête nationale sur le tabagisme des jeunes (NYTS) montrent que seul un faible pourcentage de vapoteurs adolescents sont devenus des utilisateurs réguliers, et la plupart d’entre eux avaient déjà consommé des produits du tabac auparavant. Je pense cependant que la Juul a davantage le potentiel pour créer cette dépendance parce qu’elle rend acceptable l’utilisation de taux élevés de nicotine. Pour moi, le succès de Juul auprès des jeunes relève surtout de l’effet de mode.

 

Curieusement, malgré ses revers, Juul a enregistré de bons résultats dernièrement…

Il y a de la place à la fois pour des produits populaires comme la Juul, qui se vendent avant tout dans les commerces de proximité, et pour les appareils à système ouvert, qui sont proposés dans les boutiques spécialisées et sur Internet. Je pense que Juul peut avoir du succès avec les saveurs tabacs et menthol. Malheureusement, ils semblent déterminés à considérer les petites entreprises de la vape indépendante comme un obstacle. Je ne suis pas certain que Juul puisse survivre sur le marché européen en vendant des e-liquides faiblement dosés en nicotine ; la Juul n’est pas un très bon produit quand elle est utilisée ainsi.

 

Les géants de l’industrie du tabac n’ont de cesse de répéter que les systèmes fermés sont plus sûrs. Quel est ton avis ?

Je ne pense pas que la sécurité soit leur préoccupation ; pour eux, il s’agit surtout de créer un marché fermé, inaccessible aux milliers de petites entreprises qu’ils ne peuvent pas contrôler. Ils seraient bien avisés de poursuivre leurs objectifs sans essayer de détruire les produits innovants que des millions de vapoteurs préfèrent. Mais il est dans la nature des grandes entreprises de chercher à créer des monopoles.

 


Dès lors que les actions d’une agence de santé publique sont guidées par des impératifs politiques, on s’expose à des risques


 

Quelques mois après la vague de maladies pulmonaires liée à la consommation d’e-liquides illicites, que faut-il retenir de cet épisode ? Quelles leçons en tirer ?

Malheureusement, s’il y a des enseignements à tirer de cette affaire, la majorité des consommateurs n’en auront pas connaissance. Le CDC (Center for Disease Control, NDLR) ne leur a pas présenté l’ombre d’une excuse et il n’y a eu aucune enquête sérieuse sur la façon dont cette agence a opéré. La débâcle « Evali* » l’illustre parfaitement : dès lors que les actions d’une agence de santé publique sont guidées par des impératifs politiques, on s’expose à des risques. Le CDC déteste la vape nicotinée et il était prêt à risquer la vie de millions de vapoteurs de cannabis pour salir la réputation des produits de vapotage nicotinés vendus légalement. Le seul aspect positif dans cette histoire, c’est que certains défenseurs de la réduction des méfaits du cannabis et des drogues ont appris à cette occasion que la nicotine était autant diabolisée que d’autres substances.

 

Siège du CDC Etats-Unis

 

Avant cette crise, le marché américain n’était pas régulé comme il l’est en Europe avec la TPD. Est-ce qu’un meilleur encadrement aurait permis d’éviter ces drames ?

Je ne crois pas, pour la simple et bonne raison que le cannabis est illégal au niveau fédéral (et il ne fait l’objet d’aucune régulation par une agence fédérale). Donc les mêmes événements auraient pu se produire. Sans doute cela aurait-il amené le CDC à faire une réponse plus modérée, mais je n’en suis pas certain. Une régulation du type TPD, c’est ce que réclame l’industrie de la vape indépendante. Mais la Deeming Rule** (et le Tobacco Control Act) n’est pas forcément compatible avec une telle régulation. Quoi qu’il en soit, la FDA ne semble pas vouloir mettre en place un cadre comparable.

 

Il ressort que les cas de pneumopathie sévère ont été moins nombreux dans les États où le cannabis est légal. Crois-tu que la prohibition en vigueur dans certains États a aggravé le problème ?

Sans aucun doute. La plupart des gens préféreraient acheter des produits testés et soumis à une régulation. Mais, de toute façon, même si tous les États légalisaient la vente de cannabis, il subsisterait toujours un solide marché noir qui ciblerait les mineurs ainsi que les citoyens issus de communes ou de comtés interdisant la vente de cannabis au détail (dont 80 % des comtés de Californie par exemple).

 

Peut-on comparer le fossé qui oppose les provape et les antivape à celui qui divise les Américains sur la question des armes ?

Pas vraiment, car le port d’arme est un droit dans la Constitution américaine. Le droit de vapoter, de fumer ou de consommer de la nicotine, lui, n’y figure pas. Je suis convaincu que l’opinion publique va évoluer avec le temps. Mais, hélas, je ne crois pas que ce changement interviendra à temps pour sauver les nombreuses petites entreprises qui existent encore.

 


Quand il s’agit de régulation ou de législation, les experts de la lutte antitabac sont rarement dans l’opposition


 

On a l’impression que les études hostiles au vapotage font toujours plus de bruit que celles qui font la preuve de son intérêt et de son innocuité. Comment expliques-tu cela ?

C’est une situation complexe. Primo, presque toutes les recherches liées au vapotage sont financées par le Center for Tobacco Products, émanation de la FDA. Les subventions sont allouées par un comité CTP/NIH***. De nombreuses études sont ainsi destinées à démontrer les risques du vapotage, pas les bénéfices. La plupart des chercheurs sont dans un état d’esprit antitabac. L’usage de la nicotine est une « addiction » créée par le marketing et les utilisateurs accros sont des victimes livrées à leur sort.

Deuxio, les médias favorisent les positions dominantes dans les questions de santé publique. Et, souvent, les journalistes se contentent de retranscrire des communiqués de presse issus d’études plutôt que de se faire leur propre opinion ou de poser des questions compliquées aux chercheurs. Quand il s’agit de régulation ou de législation, les « experts » de la lutte antitabac sont rarement dans l’opposition.

Tertio, les acteurs les plus puissants de la lutte antitabac ont mis en place des réseaux complexes qui étendent leur influence dans toutes les sphères. Et s’opposer à eux publiquement est risqué dans la mesure où la plupart des gens croient qu’ils combattent Big Tobacco.

 

Vape shop US Blue Monkey

 

Quelles sont, aux États-Unis, les conséquences concrètes de l’épidémie de coronavirus sur l’activité des vape shops ?

Il est difficile de donner une réponse globale, chaque commune et chaque État ayant ses propres règles. Dans les zones les plus fréquentées, les boutiques spécialisées ont été jugées non essentielles ; elles ont donc été contraintes de fermer ou de limiter drastiquement leur activité. Pour ma part, je crains que beaucoup ne soient pas en mesure de rouvrir.

 

BAT et Philip Morris ont annoncé travailler sur une solution de vaccin. Quel est ton point de vue sur cette démarche ?

J’espère qu’ils vont réussir, et le fait que les groupes de lutte antitabac puissent s’opposer à l’utilisation de ces vaccins ne fait que souligner leur extrémisme. Quoi qu’il en soit, de nombreuses entreprises travaillent actuellement sur des vaccins. Je souhaite que toutes obtiennent des résultats.

 

Pour certains élus américains, l’épidémie de coronavirus a été une nouvelle occasion de taper sur la vape. Le maire de New York Bill de Blasio a ainsi déclaré que fumer ou vapoter pouvait augmenter les risques de complications liées au Covid-19. Qu’en penses-tu ?

Oui, et il a été cité comme « expert » sur la question en de nombreuses occasions ! Le fait est que personne, pour l’instant, n’a été en mesure d’établir un quelconque lien entre vapotage et Covid-19. Ce qui n’a pas empêché certains non-experts d’affirmer que le vapotage était un facteur de risque.

 

Récemment, Donald Trump a annoncé l’arrêt des contributions américaines à l’Organisation mondiale de la santé. Qu’en penses-tu et comment analyses-tu la communication de l’OMS, en particulier sur la question de la cigarette électronique ?

Hélas, toute initiative de Donald Trump contre une organisation fait instantanément de lui un héros parmi les démocrates. Mon point de vue, c’est que l’OMS est une organisation corrompue et indigne de confiance (même si je suis sûr que la plupart des employés sont des gens honnêtes qui font bien leur boulot). Et c’est encore plus vrai en ce qui concerne la FCTC (Framework Convention on Tobacco Control, NDLR), l’agence antitabac de l’OMS.

L’OMS s’est opposée à la cigarette électronique dès le tout début, en 2008. Ce n’est pas une coïncidence si les positions de l’OMS et de la FCTC sur le vapotage, le tabagisme et la nicotine sont identiques à celles des idéologues américains de la lutte antitabac et des bailleurs de fonds telles que Campaign for Tobacco-Free Kids et Michael Bloomberg.

 

Il y a quelques jours, Trump a publiquement suggéré la possibilité de s’injecter du désinfectant pour éliminer le coronavirus. Qu’est-ce que cela t’inspire ?

(Rire). Ce n’est pas une bonne idée, et il est regrettable d’entendre de telles sottises dans la bouche d’un président des États-Unis.

 


On se dirige vers une période de ventes underground, entre marché gris et marché noir


 

Quel est, selon toi, l’avenir de la vape indépendante face aux géants de l’industrie du tabac ?

Il est encore un peu tôt pour le dire. Si je devais faire un pronostic, je dirais qu’on se dirige vers une période de ventes « underground », entre marché gris et marché noir. Si les PMTA sont mises en place en septembre, ça va aboutir à quelque chose de comparable à ce qui se prépare chez vous avec la révision prochaine de la TPD. Les États-Unis et l’Europe sont les plus gros marchés. L’interdiction des saveurs autres que le tabac pourrait porter un sérieux coup à la vape.

Il est primordial que les vapoteurs américains apprennent à se battre sans l’autorité et les ressources de l’industrie, sachant que ces ressources risquent de décliner si un grand nombre d’entreprises ferment. La CASAA (association de défense des consommateurs dont je fais partie) va gagner en importance si l’industrie perd de son influence. J’espère que nous allons renforcer nos liens avec les réformateurs de la lutte antidrogue tels que Ethan Nadelmann, et trouver une stratégie pour combattre les restrictions liées au vapotage et les violations des droits humains.

 

En tant qu’Américain, quel regard portes-tu sur la vape en Europe, et en France plus particulièrement ?

Dans l’ensemble, les vapoteurs américains ignorent tout de la vape au-delà de leurs frontières, surtout quand cela concerne des États non anglophones. La plupart des pays, France, Allemagne, Italie et Espagne surtout, ont imprimé leur propre marque sur la culture de la vape. Or peu d’Américains maîtrisent d’autres langues, sauf l’Espagnol dans une certaine mesure, ce qui constitue un désavantage. A contrario, de nombreux Européens parlent et lisent l’anglais, ce qui fait que vous nous connaissez mieux que nous ne vous connaissons.

Bien sûr, nombre de chercheurs réputés viennent d’Europe, et la plupart des vapoteurs américains sont familiers avec Konstantinos Farsalinos, Riccardo Polosa, Jacques Le Houezec, Ann McNeill, Berndt Mayer, Frank Baeyens, etc.

Je ne suis certainement pas un expert pour l’Europe, même si je connais des militants de la vape dans de nombreux États européens (dont des membres de l’Aiduce). A mes yeux, la France — avec le Royaume-Uni — a été à la pointe en matière de régulation. J’espère qu’avec la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, les représentants de l’Aiduce et de Sovape seront capables d’influer positivement sur le processus de la TPD. 