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Iqos, produit du tabac hautement controversé

Fort de l'agrément donné par la FDA pour sa commercialisation sur le marché américain, Philip Morris présente l'Iqos comme un « dispositif de protection de la santé publique ». Une « énième manipulation de la part des industriels », selon le professeur Bertrand Dautzenberg.

Iqos, produit du tabac hautement controversé

Le 7 juillet dernier, la Food & Drug Administration (FDA) accordait à Philip Morris International (PMI) la certification « produit du tabac à risque modifié » pour son appareil Iqos. Le n° 1 des cigarettiers en avait fait la demande le 5 décembre 2019, à travers un dossier de près de 4 000 pages. Au terme de sept mois d’analyse, l’agence de santé américaine a ainsi conclu à l’efficacité du dispositif pour aider les fumeurs à arrêter la cigarette

Elle le décrit par ailleurs comme « un produit contenant un niveau réduit ou présentant une exposition réduite au tabac ». Mitch Zeller, responsable du pôle tabac de la FDA, ajoute que « des études scientifiques ont montré qu’en passant complètement des cigarettes conventionnelles au système Iqos, on atténue considérablement l’exposition du corps à des produits chimiques nocifs ».

Pour rappel, l’Iqos est un produit de tabac chauffé. L’appareil comprend des piles qui chauffent des capsules de tabac sans les brûler, à une température inférieure à celle des cigarettes combustibles (qui brûlent jusqu’à 800 °C). L’Iqos se distingue donc des e-cigarettes, qui, elles, chauffent un liquide pour le vaporiser. 

L’Iqos, un appareil « bénéfique pour la santé de la population dans son ensemble » selon Philip Morris

La FDA se montre toutefois prudente. Elle précise ainsi que « l’autorisation d’aujourd’hui oblige PMI à effectuer une surveillance et des études post-commercialisation pour déterminer l’impact […] sur la santé des consommateurs ». Pour l’agence, cette autorisation « impose des restrictions strictes sur la manière dont les produits sont commercialisés afin de limiter l’exposition des jeunes ». Et surtout, la FDA «  ne considère pas le produit comme sans danger pour les consommateurs ». Pour autant, cette décision est une sacrée publicité pour le cigarettier. De quoi prendre d’importantes parts de marché aux États-Unis, alors que Juul est dans la tourmente

Une publicité sur laquelle PMI n’a pas tardé à miser. Le géant lance ainsi une vaste campagne assurant que son dispositif « est bénéfique pour la santé de la population dans son ensemble » et qu’il œuvre « afin de protéger et de promouvoir la santé publique ». Plus étonnant encore, il avance que « la décision de la FDA s’appuie sur le consensus scientifique international indépendant »… alors qu’il n’y a en réalité aucun consensus en la matière ! L’OMS indique clairement dans son dernier rapport que « pour l’instant, rien ne montre que [les produits de tabac chauffé] sont moins nocifs que les produits de tabac classiques ». Elle rappelle même que seules « des études financées par l’industrie du tabac ont allégué qu’il y avait une baisse importante de la formation des constituants nocifs ».

Bertrand Dautzenberg : « Philip Morris cherche ni plus ni moins à entretenir ou créer la dépendance »

Pneumologue à la Pitié-Salpêtrière, le professeur Bertrand Dautzenberg (photo) monte au créneau pour dénoncer « une énième manipulation de la part des industriels ». Interrogé par nos confrères du Parisien, il affirme que « le système Iqos n’est pas moins nocif que la cigarette, c’est un produit du tabac. En disant que ce système présente moins de risques pour la santé, Philip Morris mène une campagne illégale. Les lois françaises et européennes interdisent ce type d’allégations ».

Il poursuit : « Philip Morris veut nous faire croire que ce produit se rapproche de la cigarette électronique. Mais il y a une ligne rouge à ne pas franchir. La cigarette électronique est un substitut. Le stick Iqos se consomme en cinq minutes. On a donc envie d’en fumer un autre. Ces pics de nicotine créent une dépendance. Ce qui n’est pas le cas avec la cigarette électronique que l’on vapote au fil de la journée. On constate, au contraire, une diminution progressive des récepteurs nicotiniques situés dans le cerveau. Il faut bien différencier les deux. »

Bertrand Dautzenberg conclut : « Philip Morris cherche ni plus ni moins à entretenir ou créer la dépendance. Par ailleurs, l’autorisation de la FDA, largement influencée par les lobbys industriels du tabac, n’est en rien un gage de protection de la santé publique ». Des associations de lutte contre le tabagisme vont dans son sens. « Par l’antagonisme fondamental de ses intérêts avec ceux de la santé publique, Philip Morris ne peut en aucun cas être considéré comme un partenaire dans l’élaboration d’un monde sans fumée, ni, a fortiori, sans tabac », déclarent le Comité national contre le tabagisme et l’Alliance contre le tabac. « La manœuvre de cette société, qui est coutumière de ce type d’imposture, doit rester lettre morte », ajoutent les deux associations.