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Covid et tabac : une étude controversée retirée

En juillet 2020, une revue spécialisée en pneumologie publiait une étude selon laquelle les fumeurs seraient moins exposés aux risques de contracter le Covid-19 que les non-fumeurs. Près d’un an plus tard, la même publication supprime l’article. La raison ? Deux de ses auteurs auraient un conflit d’intérêt avec l’industrie du tabac.

Covid et tabac : une étude controversée retirée

L’European Respiratory Journal fait marche arrière. Le 30 juillet 2020, cette revue spécialisée en pneumologie publiait une étude scientifique au grand retentissement. En se basant sur l’examen de 89 756 individus atteints du Covid-19 au Mexique, les experts concluaient que les fumeurs avaient 23 % de risques en moins d’attraper le virus par rapport aux non-fumeurs. 

Neuf mois plus tard, la revue retire l’article. « Il nous a été rapporté que deux des auteurs de l’étude ne sont pas parvenus à dissiper un risque de conflits d’intérêts au moment de la soumission de leur manuscrit », explique l’éditeur. En l’occurrence, il s’agit du docteur José Manuel Mier, spécialiste en chirurgie thoracique au Mexique, et de Konstantinos Poulas, chercheur en pharmacie et biochimie à l’Université de Patras, en Grèce. Le premier dispenserait des conseils à l’industrie du tabac sur la réduction des méfaits. Et le second serait rétribué par l’ONG grecque NoSmoke, qui a reçu un financement de la Foundation for a Smoke free world, elle-même subventionnée par les géants du tabac.

Le Dr Farsalinos : « Je ne suis pas d’accord avec la rétractation »

Le rédacteur en chef de la revue poursuit : « Nous reconnaissons que, selon les directives de notre comité d’éthique, le fait de ne pas divulguer un conflit d’intérêt potentiel n’est normalement pas un motif suffisant de rétraction d’un article publié. Cependant, dans le contexte du sujet sensible présenté, nous estimons que la décision est justifiée. »

Le Dr Konstantinos Farsalinos, autre co-signataire de l’article d’origine, n’a pas tardé à réagir. Interrogé par Retraction Watch, un site web spécialisé dans les raisons liées au retrait de publications scientifiques, le cardiologue et défenseur de la vape explique « n’avoir été contacté par les éditeurs de la revue qu’après la décision de rétractation. Chaque auteur a la responsabilité de déclarer ses propres conflits d’intérêts. J’ai répondu que les conflits évoqués n’étaient pas pertinents en regard des buts et objectifs de l’étude. »

« Par ailleurs, j’ai proposé de publier publiquement l’ensemble complet de données afin que tous les résultats puissent être vérifiés de manière indépendante, poursuit-il. Les éditeurs ont refusé. J’ai demandé que ma proposition soit mentionnée dans la lettre de rétractation, cela a été également rejeté par les rédacteurs. Je ne suis pas d’accord avec la rétractation, je la considère comme injuste et sans fondement. Nous soumettrons le même manuscrit à une autre revue. »

Le débat sur le lien entre tabagisme et risque d’exposition au coronavirus est ouvert depuis le début de la pandémie. Le New England Journal of Medicine avait également publié une étude allant dans le même sens, avec seulement 8,4 % de fumeurs parmi les patients ayant contracté une forme sévère du coronavirus, contre 28 % dans la population chinoise. Même son de cloche en France, avec l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui dénombrait 8,5 % de fumeurs sur 11 000 malades hospitalisés, contre 25,4 % dans la population française.