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Nicotine base VS sels de nicotine, on refait le match !

La nicotine est un peu la raison d’être de la cigarette électronique. La vape permet en effet de l’absorber sous une forme moins néfaste que le tabac combustible, ce qui a été maintes fois démontré malgré les réserves de l’OMS. Désormais, il faut compter avec les sels de nicotine, dérivés de la nicotine-base. Quel intérêt ?

Nicotine base VS sels de nicotine, on refait le match !

La nicotine est certainement l’une des substances les plus controversées. Maudite par certains, louée par d’autres, nous nous garderons d’être trop catégoriques à son égard. Si on retrouve cet alcaloïde dans plusieurs plantes de la famille des solanacées telles la tomate ou l’aubergine, sa production est principalement issue de la culture du tabac. Une culture qui, d’après les dernières données de la FAO (Food and Agriculture Organization on the United Nations), représenterait un peu plus de 6,5 millions de tonnes pour 3,5 millions d’hectares cultivés dans le monde.

Une consommation millénaire

Depuis des siècles, la nicotine est consommée par les êtres humains sous différentes formes, pour ses effets psychoactifs. Dans le tabac fumé, en premier lieu, dont la dangerosité avérée a amené d’autres biais d’absorption : patches, chewing-gums, sprays, SNUS et, plus récemment, la cigarette électronique. Dans cette dernière, elle est limitée à 20 mg/ml, législation européenne oblige, et se présente sous deux formes distinctes : la nicotine-base et les sels de nicotine. Voyons ici leurs différences.

LA NICOTINE-BASE

C’est sous cette forme que nous la connaissons depuis les débuts de la vape. Étudions-la de plus près.

Pour les besoins de l’industrie pharmaceutique et sa production de substituts nicotiniques, l’Inde et la Chine, notamment, se sont lancées dans l’extraction de la nicotine. Pour ce faire, leurs entreprises ont essentiellement recours à « l’extraction liquide-liquide », procédé chimique imposant l’utilisation d’un solvant : le dichlorométhane. D’autres solutions existent, mais sont trop peu rentables pour ces sociétés.

Cependant, l’extraction liquide-liquide présente un inconvénient : la grande concentration de résidus toxiques présents dans la nicotine extraite. C’est pourquoi, avant d’arriver sur le marché européen, cette nicotine doit être purifiée – généralement en Suisse ou aux États-Unis –, afin d’arriver chez le producteur d’e-liquides à plus de 99 % de pureté. Elle atteint de cette façon le grade pharmacopée européenne ou USP.

Une exception à cette règle : la nicotine-base vapologique, élaborée par VDLV, à partir de plans de tabac français, extraite sur support résineux.

Une nicotine sous forme libre

Cette nicotine pure, une fois parvenue chez le producteur d’e-liquides, est diluée dans la matrice PG/VG. Elle se trouve alors sous sa forme libre. Chauffée dans un atomiseur, elle atteint sa phase gazeuse à partir de 247 °C puis est transportée dans notre corps où elle sera assimilée par nos poumons. Durant leur trajet jusqu’à notre tissu pulmonaire, ces molécules de nicotine, sous format libre, peuvent traverser la membrane du mélange PG/VG qui la transporte. La nicotine peut ainsi se déposer dans notre organisme avant même d’atteindre nos poumons : bouche, langue, pharynx… C’est ce phénomène qui explique que la nicotine-base procure l’effet irritant que nous connaissons tous sous le doux nom de « hit ».


« Si elle est appelée  “nicotine-base”, c’est parce que sous cette forme, son PH est légèrement basique : de l’ordre de 8 environ »


Un Ph basique

Si elle est appelée « nicotine-base », c’est parce que sous cette forme, son PH est légèrement basique : de l’ordre de 8 environ. Ceci vient s’ajouter au phénomène de hit. En effet, tout comme la fumée de cigare ou de tabac brun, une vapeur basique piquera davantage la bouche, la langue et la gorge. Cette sensation, le vapoteur, statistiquement plus habitué au tabac blond, plus acide, peut en éprouver une gêne.

Un format peu optimal

Si c’est incontestablement sous cette forme que la nicotine a aidé le plus de vapoteurs à décrocher de la cigarette, cette solution n’est pas totalement satisfaisante. En effet, le hit, très important, est parfois décrié, car source de toux pour les primo-vapoteurs. La capacité de la nicotine à se déposer sur nos parois buccales et dans notre gorge peut s’avérer plus ou moins irritante pour certains usagers ; parfois trop pour qu’ils puissent s’approprier l’outil de sevrage tabagique.

vape molécule nicotine base

À cela s’ajoute son PH basique, qui pique. Ainsi, le vapoteur, avec cette nicotine sous forme libre, aura plus de mal à enchaîner les bouffées. Par conséquent, ses apports nicotiniques seront espacés, et sa satisfaction moindre. Ces deux raisons expliquent le succès récent des sels de nicotine, dont les caractéristiques distinctes permettent de résoudre ces problèmes.

 

LES SELS DE NICOTINE

Présents depuis quelques années aux États-Unis, et largement démocratisés par Juul, les sels de nicotine déferlent sur le marché français. À cela plusieurs raisons.

Du sel… liquide

D’emblée, tordons le cou à une erreur parfois entendue. Il est vrai que leur nom prête à confusion : nous sommes nombreux à avoir imaginé que les sels de nicotine se présentaient sous forme de petits cristaux, à l’instar de ceux qui occupent les salières de nos tables à manger. C’est faux ! En effet, les sels de nicotine sont, comme la nicotine-base, sous forme liquide. Allons plus loin : la nicotine, matière première des sels, n’est autre que la nicotine-base que nous venons de vous présenter. Celle-ci doit subir un traitement chimique pour être transformée en sel.

Une question d’acides

Ce procédé est simple : il suffit d’ajouter à la nicotine-base un acide. Il en existe des dizaines, et de plus en plus sont utilisés. L’acide benzoïque est le plus connu, notamment parce que c’est celui choisi par Juul, et par les premières marques à s’être lancées dans la commercialisation des sels de nicotine. Afin de se différencier, et de s’épargner des polémiques entourant le benzène contenu dans l’acide benzoïque, d’autres types d’acides sont aujourd’hui utilisés par diverses sociétés pour produire leur sel.

D’un point de vue chimique, l’adjonction d’acide dans la nicotine-base permet de charger électriquement la molécule. Pour faire simple, l’acide est chargé d’un ion positif. Mélangée à la nicotine, cette dernière va récupérer cet ion : elle est alors ionisée. Son PH, quant à lui, se situe autour de 6.


« L’intérêt de charger électriquement la molécule de nicotine, c’est de lui faire perdre sa capacité à s’évaporer hors de la particule de PG/VG qui la transporte jusqu’à nos poumons »


Une nicotine ionisée

L’intérêt de charger électriquement la molécule de nicotine, c’est de lui faire perdre sa capacité à s’évaporer hors de la particule de PG/VG qui la transporte jusqu’à nos poumons. Elle est alors incapable de se déposer dans notre bouche, sur notre langue, et dans la gorge. Finies les irritations, finie la toux, ça passe tout seul !

Toutefois, il faut bien que cette molécule de nicotine quitte la particule qui la transporte, afin de finir absorbée par notre corps. C’est là qu’intervient un phénomène naturel : l’effet tampon de nos poumons. D’un point de vue biochimique, le corps humain est incapable d’absorber les molécules ionisées. Le tissu pulmonaire va donc modifier leur PH, en faisant intervenir cet effet tampon, pour le rapprocher de 7,4. De cette façon, les molécules de nicotine perdront leur charge électrique et récupéreront leur forme libre. Elles pourront alors traverser la barrière pulmonaire et se retrouver dans le système sanguin, qui leur fera suivre le circuit habituel, jusqu’à nos synapses.

 

NICOTINE-BASE VS SELS : CONCLUSION

Au sujet des différences entre la nicotine-base et les sels de nicotine, on peut lire tout et son contraire. Ce qu’il faut en retenir, c’est que la molécule de nicotine absorbée par notre corps est, dans les deux cas, exactement la même. D’un point de vue chimique, ajouter de l’acide dans un e-liquide ne change pas la structure moléculaire, et la nicotine ne se retrouve pas liée à l’acide. Elle récupère simplement une charge électrique, qui va l’empêcher de s’échapper du PG/VG avant d’arriver dans nos poumons.

Une meilleure absorption

Il est donc faux de prétendre qu’un sel de nicotine est absorbé plus rapidement par l’organisme. Si le vapoteur de sels peut ressentir plus tôt la satiété qui va l’empêcher de fumer une cigarette, c’est simplement parce qu’il réussit à en inspirer plus, et dans un temps plus court. Le hit et les picotements trop intenses liés à l’utilisation de nicotine-base limitent le taux de nicotine choisi par le vapoteur, pour des raisons de confort.

D’autant plus que le matériel est plus performant aujourd’hui, même sur le créneau des primo-vapoteurs : avec les anciens clearos de type T2, il n’était pas rare de vendre du 18 mg/ml. Depuis qu’ils sont passés de mode, le 12 mg/ml s’impose souvent comme le taux maximum, pour éviter une gêne trop importante pour le vapoteur. Avec les sels de nicotine, ce problème de hit et de picotement trop marqué a disparu. On peut sans difficulté dripper du 20 mg/ml en sels, alors que, sur le même matériel et au même taux, avec une nicotine-base, une bouffée suffirait à nous faire cracher nos poumons.

cigarette électronique nicotine base

Les sels de nicotine permettent donc, là où la nicotine classique irrite la gorge, de vapoter au taux maximum, en enchaînant les prises. Donc, plus de nicotine, dans un temps plus court = une plus grande satisfaction.

Tout dépend des besoins

Les deux formes de nicotine telle qu’on les utilise dans la vape présentent donc chacune des avantages et des inconvénients.

D’un côté, la nicotine-base, à cause de son côté irritant pour les voies buccale et respiratoire, peut gêner les primo-vapoteurs et les empêcher de s’approprier la vape. Avantage sels. Toutefois, moins de hit signifie aussi une moindre perception du produit que l’on vapote. On aura donc peut-être tendance, dans un premier temps, à se surdoser en nicotine avec les sels. Avantage nicotine-base.

En outre, le recours à des acides n’est pas sans soulever des questions. Leur côté corrosif, notamment pour les résistances qui y baignent en permanence, et leur assimilation par le corps humain, est sujet à polémique. Avantage nicotine-base.

Au niveau du sevrage tabagique, tout dépend de ce que l’on recherche… En effet, les sels de nicotine sont chimiquement très proches du tabac, et le fait que l’utilisateur puisse en absorber davantage dans un temps plus court va lui permettre de calquer son comportement de vapoteur sur celui de fumeur. La courbe de l’absorption de nicotine, avec les sels, va ressembler à celle obtenue avec la cigarette : par pics. Ainsi, s’il est susceptible d’arrêter plus facilement la cigarette, sa dépendance nicotinique restera inchangée.

Avec la nicotine classique, chimiquement beaucoup plus proche des patches, la courbe d’absorption sera, comme pour les substituts nicotiniques, bien plus linéaire. La satisfaction sera donc moins immédiate, le comportement du vapoteur très différent de celui du fumeur, et sa dépendance nicotinique amoindrie.

Enfin, si c’est l’efficacité du système Juul, aux États-Unis, qui a donné l’idée aux Français de s’en saisir, n’oublions pas qu’au pays de l’Oncle Sam, le taux de nicotine utilisé pouvait atteindre 50 mg/ml, quand, en France, nous sommes limités à 20 mg/ml, même en sels de nicotine. Avantage… États-Unis !