Êtes-vous un professionnel de la vape ?

Ce site est réservé aux professionnels de la vape

Malaisie : ouverture à la vape… et aux taxes aussi

En autorisant enfin les e-liquides nicotinés, la Malaisie semblait assouplir sa position à l'égard de la vape. Mais l’annonce a été rapidement suivie de la création de droits d’accise élevés, trois fois supérieurs à ceux des e-liquides sans nicotine. Un pas en avant, deux pas en arrière dans cette région de l’Asie du Sud-Est où la cigarette électronique est si décriée...

Malaisie : ouverture à la vape… et aux taxes aussi

Ce n’est pas la première fois que nous évoquons le sort de la Malaisie dans nos colonnes. Jusqu’à présent, c’était essentiellement pour mettre en exergue sa position plutôt moins farouche à l’égard de la vape que les États voisins. Une association de défense, la Malaysian Vape Industry Advocacy (MVIA), y a notamment droit de cité. Elle a récemment publié une étude officielle, révélant que « 88 % des vapoteurs malaisiens qui fumaient ont réussi à arrêter à l’aide de la cigarette électronique ». De quoi susciter l’intérêt des autorités locales, dans ce pays en proie au tabagisme. Selon Tobacco Atlas, la Malaisie connaît un taux de prévalence tabagique de 38,8 % (contre 25,5 % aujourd’hui en France, selon Santé publique France).

En Asie du Sud-Est, l’e-cigarette reste pourtant durement combattue. Singapour prononce des peines de prison à l’encontre des revendeurs de produits de vapotage. Aux Philippines, le président Rodrigo Duterte s’est lancé dans une véritable guerre contre la vape, un « diable addictif » selon lui, allant jusqu’à prononcer son interdiction totale. Même sort au Vietnam, où l’on envisage des restrictions sévères.

Il y avait donc une certaine euphorie, ces derniers jours, à l’annonce d’une ouverture aux e-liquides nicotinés par les autorités malaisiennes. Elle a toutefois été immédiatement suivie du vote de droits d’accise exorbitants (photo).

Une taxe disproportionnée

1,20 ringgit malaisien de taxe par millilitre d’e-liquide nicotiné, soit 0,25 euro/ml. C’est la loi inscrite au budget 2022 du gouvernement malaisien. C’est aussi trois fois le montant de celle déjà appliquée aux e-liquides non nicotinés (les seuls jusque-là officiellement distribués), à 0,40 ringgit. La taxe devrait prendre effet au 1er janvier 2022.

Pour un flacon de 60 ml, une contenance courante en Malaisie, la taxe s’élèverait ainsi à 72 ringgits, soit 15 euros. Un montant qui empêcherait nombre de vapoteurs de suivre la voie légale. Le marché noir est, du reste, déjà bien installé, avec la prohibition des e-liquides nicotinés. Autre effet pervers d’une telle taxe, les fumeurs actuels seront moins tentés d’essayer le vapotage, en raison des coûts.

« Nous espérons que le gouvernement reconsidérera le montant de la taxe, anormalement élevé, déclare Rizani Zakaria, le président de la MVIA. Il rend aujourd’hui les produits de la vape plus chers que les cigarettes, en Malaisie. »

Des experts contre l’ouverture aux e-liquides nicotinés

Une étude montre que les produits illégaux représentent déjà 80 % du marché de la vape en Malaisie. Le gouvernement impose déjà des droits d’accise de 10 % sur les appareils et de 0,40 ringgit par millilitre sur les e-liquides non nicotinés, mais ils ne concernent évidemment pas le marché noir.

Mais si la MVIA milite pour un abaissement de la taxe, d’autres groupes plaident pour un durcissement de la loi. Des experts dans les domaines de la santé, des soins et de l’enfance ont ainsi demandé au Parlement malaisien et au ministre de la Santé de reconsidérer le projet, et de maintenir l’interdiction des e-liquides nicotinés. Parmi les signataires, on retrouve la Société nationale de lutte contre le cancer de Malaisie, l’Action des femmes malaisiennes contre le tabac ou la Société des pharmaciens.

« La décision du gouvernement malaisien irait à l’encontre de l’OMS, qui indique qu’il est scientifiquement prouvé que les cigarettes électroniques sont dangereuses pour leurs utilisateurs », précise leur communiqué. Entre désinformation, taxe disproportionnée et statu quo autour d’un inquiétant marché noir, les prochains jours de la vape risquent d’être difficiles en Malaisie.