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Estonie : une bouffée d’oxygène pour les vapoteurs

En attendant une éventuelle harmonisation, la vape connaît des destins divers au sein de l'Union européenne. En Estonie, on assiste ainsi à un rétropédalage des autorités. Après avoir mis en place des mesures hostiles au vapotage, elles se montrent désormais plus souples, comme en atteste la suspension de la taxe appliquée sur les e-liquides votée le 15 juin.

Estonie : une bouffée d’oxygène pour les vapoteurs

Il n’y a pas si longtemps, l’Estonie faisait figure de bon élève aux yeux de l’OMS. Le 1er juillet 2019, le Parlement avait en effet banni tous les e-liquides aromatisés, pour ne conserver sur le marché que les arômes tabac et « sans saveur ». Plus tôt encore, il avait introduit une taxe de deux euros sur les flacons de 10 ml.

Deux mesures qui ont conduit à la prolifération du marché noir et au retour à la cigarette pour près de 10 % des vapoteurs. Selon l’association NNA Smoke Free Estonia, près de 85 % des e-liquides consommés dans le pays proviendraient de ces marchés parallèles ! Un vrai danger sanitaire, si l’on se rappelle que ce sont des e-liquides frelatés vendus hors du circuit légal qui sont à l’origine de la vague de maladies pulmonaires aux États-Unis, à l’été 2019. 

Les e-liquides mentholés réintroduits depuis le 4 mai 2020

Nous l’évoquions le mois dernier, le Parlement estonien est déjà revenu en partie sur sa décision. Le 4 mai, il a ainsi rétabli l’autorisation de vendre des e-liquides au goût menthol. Un choix motivé par la lutte contre le tabagisme, qui vient à point nommé au moment de l’interdiction des cigarettes mentholées dans l’Union européenne. « C’est une petite, mais très importante étape dans la lutte contre le tabac, réagissait Ingmar Kurg, le président de NNA Smoke Free Estonia. Je constate que les politiciens changent d’avis et commencent à comprendre comment fonctionnent les produits de nicotine moins nocifs. »

Une nouvelle décision lui donne raison : le 15 juin, le Parlement a voté en faveur de la suspension de la taxe de deux euros sur les e-liquides. « La suspension de la perception des droits d’accise sur les liquides de vapotage va permettre aux commerçants de réduire le prix des produits et ainsi d’endiguer les achats transfrontaliers et le marché de contrebande », se réjouit Tarmo Kruusimäe, le président du groupe vapotage du Parlement estonien, cité par Vapolitique

Détail non négligeable, cette suspension votée pour deux ans pourrait être reconduite. « Nous ne voulons pas revenir à une situation où le marché noir et le commerce transfrontalier se remettent à prospérer dans deux ans, poursuit Tarmo Kruusimäe, le traitement du projet se poursuivra à l’automne, il sera possible de faire des analyses supplémentaires afin de trouver une solution à long terme. »

Un message important envoyé à l’Union européenne

Cette décision est d’autant plus importante que le Conseil européen vient de valider le principe d’une réforme fiscale sur les produits du tabac, auxquels sont assimilés les produits de vapotage. Le projet vise notamment à introduire des droits d’accise uniformisés sur les e-liquides dans l’UE, ceux que l’Estonie vient précisément de lever. La pression est d’autant plus forte que la future présidence européenne de l’Allemagne laisse entrevoir le spectre d’un durcissement de la législation antivape. La position estonienne, motivée par la lutte antitabac, pèsera-t-elle dans les débats ? 

Le pays n’est pas le seul à revoir sa stratégie. L’Italie avait progressivement fait des choix similaires, alors qu’elle taxait elle aussi les flacons d’e-liquides. « Il y a un an et demi, le premier gouvernement Conte a abaissé en moyenne la taxe à la consommation sur les e-liquides de vapotage de 80 %, la faisant passer de 3,90 € pour 10 ml à 0,40 € sans nicotine et 0,80 € avec nicotine. Mais l’étape estonienne est encore plus importante, car elle annule toute imposition », constate notre confrère Stefano Caliciuri dans SigMagazine. Ces deux décisions auront-elles un écho à travers toute l’Europe ? C’est ce que nous espérons, malgré les vents contraires qui s’annoncent avec la présidence allemande de l’UE.